Kerfourn : des paysages menacés
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photomontage avec les éoliennes vues de Parc Yen
Le lundi 12 novembre, notre association a adressé à Monsieur le Préfet du Morbihan un recours afin de solliciter le retrait du permis de construire en date du 18 septembre 2007 accordant à la société JUWI Energie Eolienne l’autorisation de construire 3 aérogénérateurs de type ENERCON E70-E4 d’une puissance de 2,3 MW, d’une hauteur de mât de 85 m et d’un rotor de 71 mètres de diamètre, à l’ouest de la petite agglomération de Kerfourn sur des terres appelées « terres du bourg». Des copies en ont été adressées à la société JUWI et à Madame le Sous-Préfet de Pontivy.
Nous dénonçons notamment les dommages qui seraient causés au paysage et les nuisances provoquées par les machines situées à proximité du bourg, des hameaux Humilié et Kerhervé. Le commissaire enquêteur affirme « la distance recommandée de 500 m entre les éoliennes et les habitations les plus proches est respectée. » Sans doute. Mais nous n’en sommes plus là. Nous savons bien que ces machines sont faites pour des sites industriels. Avec des hauteurs pareilles, la distance de 500 mètres vous donne l’impression d’avoir la machine au pied de votre maison. Va-t-on laisser le futur lotissement Koareg se créer près de l’éolienne n°1 alors que plusieurs propriétaires n’ont pas eu connaissance de cette nuisance à venir ? Il ne serait pas raisonnable de laisser Kerfourn être la dernière erreur de cette ère éolienne sans foi ni loi. De nouvelles orientations vont voir le jour. Déjà de nombreux départements exigent une distance de 1 km 500 par précaution en attendant notamment les conclusions des dernières études sur le bruit.
Nous avons rappelé les engagements de Nicolas Sarkozy candidat à la présidence de la république lors de son face à face avec Ségolène Royal : « on ne peut pas couvrir la France d’éoliennes, lorsque vous les voyez, vous comprenez bien que ça pose des questions sur le paysage ...»
Et ceux du Président de la République à l’occasion de la restitution des conclusions du Grenelle de l’environnement dans son discours du 25 octobre 2007 à l’Elysée. « je suis contre une forme de précipitation qui se traduit finalement par la dégradation de l’environnement. Nous ferons les éoliennes prioritairement sur les friches industrielles, et loin des sites emblématiques.»
Et les dernières déclarations de Nicolas Hulot « le lobby des éoliennes, souvent proche de celui du nucléaire, a bien fonctionné en proposant aux maires de petites communes de nouvelles recettes. Ils ont installé des éoliennes en dépit du bon sens. Des champs d’éoliennes dans des friches industrielles ne choqueront personne. Mais lorsqu’on sacrifie des paysages magnifiques, je comprends qu’il y ait des réactions. Ces lobbys ont réussi à dresser des écologistes contre les éoliennes »
Nous précisons que si le permis de construire litigieux n’est pas retiré, notre association se réserve le droit d’agir par devant le tribunal Administratif de RENNES.
Pour l’APB, la présidente
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observations de l'APB remises au commissaire enquêteur à la clôture de l'enquête publique
cosignées par deux autres associations


un projet de 3 éoliennes à environ 500 mètres du bourg de Kerfourn
projet JUWI


Pontivy le 23 juin 2007
Monsieur Le Commissaire Enquêteur
Nous avons l’honneur de nous adresser à vous dans le cadre de l’enquête publique concernant l’implantation de 3 éoliennes à proximité du bourg de Kerfourn.
Sur la forme, nous rappelons que la législation française impose des documents en langue française. Or le dossier des éoliennes de Kerfourn comporte quelques documents en langue anglaise.
Quant au fond, nous contestons :
1- L’argumentation du porteur de projet en faveur de l’énergie éolienne qui figure à la page 10 du rapport d’enquête publique.
Nous disons que cette énergie est chère et improductive.
Le Kwh éolien est payé près de 3 fois celui du Kwh normal par le consommateur d’EDF.
En Bretagne la production éolienne a triplé en 2006. Elle a atteint 253 GWh pour 168 MW installés.
Elle ne représente que 1,2 % de la consommation totale d’électricité dans la région.(source : DRIRE Bretagne). Sa production est donc marginale. C’est une énergie intermittente qui ne fonctionne que 17 à 22 % du temps à pleine puissance.
RTE a lancé des appels d’offre pour l’installation de centrales combinées à gaz – l’une au nord de Saint-Brieuc, installée par GDF, et l’autre au sud-est du département installée par EDF -Or ces centrales produisent d’abondants gaz à effet de serre. L’énergie éolienne est donc indirectement polluante. Elle contrecarre les exigences des accords de Kyoto.
2- La co-visibilité des pars éoliens. Dans un secteur de paysages très dégagés et assez peu accidentés topographiquement, le champ compris entre les axes Ploërmel / Guémené et Loudéac/ Locminé comprend 9 parcs réalisés ou dont les permis de construire ont été accordés : Séglien, Langoëlan, Silfiac, Kergrist, Noyal-Gueltas, Saint Barnabé (22) Pleugriffet, Guéhenno, Bignan.
A quoi viendront s’ajouter les 14 projets en cours : Guern, Malguenac, Kerfourn, Bréhan, Saint-Connec (22) Saint-Caradec (22) Saint-Allouestre, Moréac, Saint-Thuriau, Moustoir-Remungol, Guégon, Crédin, Réguiny, Lanouée.
Les 25 parcs éoliens dont le public a eu connaissance vont entraîner une déstructuration des paysages.
3- La violation de la Convention Européenne du Paysage ouverte à la signature des Etats membres du Conseil de l'Europe à Florence le 20 octobre 2000 et entrée en vigueur le 1er mars 2004. Le préambule affirme que:
« le paysage est partout un élément important de la qualité de vie des populations : dans les milieux urbains et dans les campagnes, dans les territoires dégradés comme dans ceux de grande qualité, dans les espaces remarquables comme dans ceux du quotidien. »
Au regard de cette convention, Kerfourn ne doit donc pas être considérée comme une zone sacrifiée.
4- La prise en compte d’une hiérarchisation des paysages élaborée par le CAUE du Morbihan qui définit 3 niveaux de protection en fonction du caractère emblématiques des paysages. Le nord-est du département échappe à ces classifications. Dès lors, le promoteur Juwi s’appuie sur cette carte pour justifier l’implantation du parc de Kerfourn, à la page 32 du rapport d’enquête publique. Nous redisons que cette hiérarchisation est contraire au préambule de la Convention Européenne du Paysage citée plus haut.
5- l’étude acoustique du dossier d’enquête qui s’avère non conforme en raison de la non application de la norme NFS 31 010. Si nous ne contestons en aucun cas le problème des infrasons tel qu’il est traité à la page 97 du dossier d’enquête publique, nous ne pourrons pas en dire autant des basses fréquences audibles ainsi que du « bruit » comme il est décrit au chapitre C du rapport de l’Académie de Médecine ( document joint n° 1 ) Si le porteur de projet JUWI fait référence au Docteur Leventhall présent au congrès Wind Turbine Noise 2005, il aurait dû évoquer aussi le rapport du Professeur Van Den Berg ( document joint n° 2 )
Nous rappelons qu’une conférence s’est tenue en 2005 à Berlin sur le bruit des éoliennes et qu’une seconde doit se tenir à Lyon à la rentrée prochaine.
Pourquoi continuerait-on à réunir des spécialistes internationaux si ce problème n’était qu’un pur fantasme ?
7- Une affirmation mensongère concernant le « démantèlement facile et garanti en fin de projet » figurant à la page 95.
La loi n° 2003-590 du 2 juillet 2003 Urbanisme et Habitat notamment l’article L. 553-3 du code de l’environnement imposent une obligation de démantèlement et de remise en état des installations en fin d’exploitation, ainsi que la constitution de garanties financières. Mais les décrets d’application ne sont pas parus. Le conseil d’Etat a rejeté un premier projet de décret soumis en 2004 qui ne précisaient pas suffisamment la nature des garanties financières. Donc cette garantie invoquée par Juwi restera lettre morte pour le parc de Kerfourn créé entre le vote de la loi et la parution d’un prochain décret encore à l’étude.
Le risque de ruines industrielles existe donc bel et bien. Nous avons l’exemple de Sallès-Limousis où des éoliennes en fin d’exploitation n’ont pas été démantelées. Nous savons qu’il n’existe pas de camions français utilisables pour ce transport.
Le prix d’un démantèlement est élevé : 150 000 euros du MW installé : soit 345 000 euros pour Kerfourn.
En cas de défaillance de l’exploitant, qui paiera? La commune ou la communauté de communes ?
Aucune précision n’est apportée à ce sujet dans le rapport d’enquête publique.
8- Une étude de l’avifaune non-conforme ( page 23 ) Le principe Baci ( Before After Control Impact : contrôle des impacts par comparaison avec l’état initial ) exposé dans le Guide National de l’Eolien page 51 et 52 devait être appliqué.
- l’absence de consultation des chasseurs et de leur fédération qui souhaitait être avertie de tout projet
- l’absence de mesures compensatoires pour les dommages causés à l’avifaune.
9- L’affirmation page 13 qui prétend qu’ « aucune haie ou type de végétation n’existent à côté des 3 éoliennes » Or, il existe des bois et taillis proches ainsi que des talus, de chênes notamment.
Les documents graphiques de la carte communale soumise à l’enquête publique du 26 mai au 27 juin 2007 font apparaître au nord-est, à une centaine de mètres de l’éolienne n° 3, une zone humide identifiée par le SAGE Blavet le long d’un ruisseau qui se jette dans La Belle Chère ainsi que des boisements identifiés comme éléments du paysage à protéger.

L’éolienne n° 1 se trouve proche de talus plantés de chênes en bordure de route et à une centaine de mètres de la zone humide qui s’étend au sud, le long du ruisseau de la lande de Kerfourn identifiée par le SAGE Blavet. Ces zones sont boisées.

10- une autre affirmation fausse figure dans le rapport d’enquête publique : contrairement à ce qui est affirmé, page 70 il existe un plan d’eau visible de la route : l’étang d’er Ponto proche du ruisseau de la lande de Kerfourn.
L’éolienne n° 1 se trouvera trop proche d’un patrimoine naturel identifié par le SAGE Blavet.
11- Le danger sous évalué auquel est soumis la population.
C’est principalement l’éolienne n° 1 située en bordure de route qui met en danger la vie des riverains et des visiteurs.
D’ailleurs, la sécurité imposait une clôture du site dans un rayon correspondant à la hauteur d’effondrement. (voir l’arrêté du Préfet du Finistère N° 2006-1150 du 12 octobre 2006 )
Nous contestons l’étude de la probabilité d’accidents présentée dans ce rapport. Et nous disons que même une faible probabilité n’excusera pas l’accident.
Le porteur de projet et la municipalité auront à assumer une lourde responsabilité pour avoir autorisé une installation industrielle en zone habitée.
Nous avons vu le 3 mars dernier encore, dans la Manche, à Clitourps, une pale projetée à 200 mètres.
Or, l’éolienne n° 1 de Kerfourn se trouvera au bord de la route qui mène à l’école. Cette dernière se trouvant à 500 mètres à peine de la machine géante.
12- L’absence de mesures compensatoires pour les deux sentiers de randonnée qui devront être fermés dans ce périmètre.
13- Les nuisances occasionnées par les travaux Les effets du parc éolien pendant les travaux et après sa mise en service exigeaient des mesures compensatoires.
Il faut savoir qu’une fondation d’éolienne nécessite 500 m3 de béton ce qui implique le passage de 83 camions, et donc de 250 camions pour les 3 éoliennes. A quoi s’ajoutent les 30 tonnes de ferraille ! Et on sait que :
« les camions énormes qui transportent les mâts et les pales détériorent les chemins » avoue un élu de la communauté de communes.
Il faut compter enfin les 6,5 km le long desquels se feront les travaux de raccordement au réseau.
Nous dénonçons donc l’absence de mesures compensatoires :
• pour la commune en raison des détériorations des chemins payées par les deniers publics
• et pour les riverains qui auront à subir les nuisances occasionnées lors des travaux.
14- L’absence d’engagement efficace pour résoudre la perturbation de la réception hertzienne En raison de la multiplication des parcs éoliens à proximité, l’origine de la perturbation va devenir impossible à préciser.
Nous dénonçons l’absence de réémetteur commun aux exploitants des parcs éoliens du secteur.
15- Les insuffisances et aberrations des mesures compensatoires:
• Nous dénonçons des lacunes : nous avons noté précédemment que des mesures compensatoires s’imposaient pour les dommages causés à l’avifaune, l’abandon des chemins de randonnée, les détériorations des chemins et les nuisances subies par les riverains pendant les travaux
• Nous nous interrogeons sur l’absurdité qui a amené les 500 000 euros du raccordement au réseau dans les colonnes des mesures compensatoires. Ce sont des dépenses de fonctionnement obligatoires.
• Quant à la remise en état du site après exploitation estimé à 150 000 euros, nous estimons qu’elle est largement sous évaluée. Nous l’avons précédemment évaluée à 350 000 euros.
• Enfin, après avoir déploré la co-visibilité, vous comprendrez que nous soyons peu disposés à apprécier l’humour des 1000 euros pour la mise en place de panneaux de signalisation indiquant le parc éolien sur les axes routiers.
15- La désinformation. Nous savons que le projet initial comprenait 5 machines. Monsieur le Maire de Kerfourn a affirmé que le projet concernant 2 éoliennes avait dû être abandonné à cause de l’aérodrome de Pontivy. L’extrait du registre des délibérations du conseil municipal du 24 mars 2006 fait apparaître cet argument pour faire approuver un projet remanié et réduit. Or, le rapport d’enquête publique dit page 12 qu’il s’agit de « la présence d’un faisceau hertzien de la gendarmerie nationale » signalée par un courrier de l’armée de l’air qui a motivé le retrait de 2 machines. Qui dit vrai ? Quel était l’intérêt de cette désinformation ?
16- L’absence d’une information importante : ce parc est-il dans sa version définitive ou peut-il faire l’objet d’une extension ?
17- L’absence d’un élément clé pour ce type de projet :
l'information et la concertation de la population.
• Le porteur de projet n’a informé que les partenaires directement concernés et non l’ensemble de la population comme l’exige la loi.
• La population n’a été informée de l’existence du projet par bulletin municipal qu’au commencement de l’enquête publique. • Le débat public qui s’imposait n’a donc pas eu lieu.
• La population n’a pas pu accéder à la connaissance qui lui était due ni au rôle actif qu’elle devait jouer.
En conclusion, nous vous demandons de formuler un avis défavorable au projet éolien de Kerfourn.
Doc 1
ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE
16, RUE BONAPARTE – 75272 PARIS CEDEX 06
TÉL : 01 42 34 57 70 – FAX : 01 40 46 87 55
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RAPPORT
au nom d’un Groupe de travail*
Le retentissement du fonctionnement des éoliennes sur la santé de l'homme
Claude-Henri CHOUARD**
C- Mais la modification de l'environnement la plus importante est sûrement, comme toute installation industrielle, la création de vibrations du milieu ambiant.
Que ces vibrations soient solidiennes ou aériennes, elles sont responsables, lorsqu'elles sont audibles, d'un bruit, dont les caractéristiques physiques n'ont de particulier que la variabilité de ses paramètres, et notamment de leur seuil d'audibilité par l'homme.
Ce bruit [3] est dû à la rotation des engrenages de la machinerie qui assure l'adéquation au vent de l'axe des pales, et de la dynamo qui produit l'électricité. Il est dû aussi au frottement du vent sur les pales et sur le bâti de l'éolienne. Ce bruit est variable et intermittent ; par temps calme les éoliennes sont au repos, ou peu bruyantes; mais, qu'il forcisse ou reste modéré, le vent le mieux installé est toujours irrégulier. Cette variabilité du bruit explique les controverses relatives à son intensité. Elle majore son impact sur l'homme en entraînant une mise en éveil répétitive et imprévisible.
Les caractères du bruit éolien n'ont été étudiés que tout récemment, peut-être en raison des doléances exprimées par les Associations. Ce bruit a été analysé dans le périmètre aérien immédiat de ces machines, ou plus à distance en milieu liquidien [4] dans les parcs d'éoliennes implantées dans la mer. De même les modalités de sa propagation à distance sont maintenant bien connues [5] : celle-ci dépend des conditions climatiques (température, humidité, orientation et vitesse du vent, etc), mais tout autant de la topographie et de l'environnement propre à chaque site. Un vallonnement, par exemple, peut faire écho et amplifier (ou masquer) ce bruit en certains endroits de manière très localisée. Inversement, les occupants d'habitations situées sur le bord de mer n'entendent pas des éoliennes pourtant toutes proches, parce qu'ils sont soumis, sans en être gênés, au bruit constant des vagues, du ressac et du vent du large. Cette variabilité est aussi illustrée par les récentes mesures de bruit effectuées avec une instrumentation moderne près des habitations, entreprises à la demande des populations incommodées. Dans l'une d'entre elles, par exemple [6], les enregistrements furent effectués sur 9 sites différents ; ils objectivèrent 6 valeurs sans dépassement du bruit autorisé, et 3 valeurs hors normes; parmi les 6 premières, certaines éoliennes étaient à moins de 500 mètres des habitations, tandis que pour les 3 autres, l'éolienne responsable était à plus d'un kilomètre de l'habitation où était placé l'instrument de mesure ; ces différences étaient dues uniquement à la topographie des lieux. Pour les futurs projets, il serait souhaitable que pour chaque site envisagé, des simulations sonores artificielles, et leur enregistrement au niveau des habitations concernées, soient effectuées préalablement à toute construction. Il est nécessaire pour cela que ces simulations soient désormais intégrées dans l'étude d'impact de ces parcs d'éoliennes.
En France, la mesure du bruit de voisinage, notamment celui produit par les éoliennes, était soumise, depuis 1995, à la norme NF S 31-110, qui exigeait que les mesures de bruit soient effectuées avec des vents inférieurs à 20 km/h [7], car pour des vitesses supérieures "les sonomètres pourraient enregistrer des bruits parasites"…!. Cette situation réglementaire était d'autant plus étonnante que, d'une part techniquement il était facile déjà à cette époque de contourner cette difficulté, et d'autre part ce sont des vitesses de vent bien supérieures qui mettent habituellement en jeu ces machines. Son application explique sans doute la plupart des doléances exprimées aujourd'hui à leur propos.
La modification de cette norme est annoncée. Mais, dans les documents ministériels [8] qui l'évoquent, la prévision des nuisances fait bien plus appel à des modélisations par logiciel, qu'à des mesures sur le terrain tenant compte sur une longue période de la variabilité du spectre des bruits, et des variations saisonnières de la vitesse et de l'orientation des vents. Elle risque donc d'être inefficace.
Tout cela conduit encore plus à déplorer que, lors de la rédaction de l'article 98 dévolu aux éoliennes dans la loi du 2 juillet 2003, ces engins électromécaniques, manifestement bruyants, n'aient pas d'emblée été considérés comme des établissements industriels. Certes, ils sont soumis à l'obligation d'un permis de construire à partir d'une certaine hauteur, et, au-delà d'une certaine puissance, ils sont soumis à une "étude d'impact". Mais celle-ci ne tient pas du tout compte de la spécificité du bruit de ces machines, qui continuent, en matière de bruit, à relever de la réglementation appliquée aux habitations ordinaires. En réalité, pour les éoliennes, une distance minimum de sécurité acoustique doit être définie, même si cette distance est propre à chaque implantation. Cette mesure est seule capable d'éviter toute nuisance sonore. Ce paramètre de bon sens a jusqu'ici été ignoré, au point qu'actuellement, ni les installateurs, ni les pouvoirs publics, ne peuvent fournir de statistique indiquant, pour chaque éolienne (ou parc d'éoliennes), privée ou publique, la distance séparant chaque engin de l'habitation la plus proche.
Les infrasons se définissent comme la zone la plus grave de l'environnement sonore (aérien, liquidien ou solidien), audible ou non par l'homme, dont la limite supérieure assez floue est aux environs de 20 Hz. Ils nécessitent une intensité considérable pour être audibles, et par conséquent ne doivent pas être inclus, sous peine de confusion, dans le plus vaste domaine des sons de basses fréquences largement représentées dans la perception des voyelles et de la musique auxquelles l'oreille humaine est sensible.
Bien qu'inaudibles, les infrasons sont présents dans notre environnement le plus quotidien (voir Annexe B). Ils existent dans tout l'environnement industriel. A des intensités énormes, on les retrouve aussi dans les explosions, le tonnerre, les tremblements de terre. L'étude expérimentale de leur audibilité et de leurs effets sur l'homme ou l'animal exige des laboratoires très sophistiqués, en raison de leur grande longueur d'onde et de l'énormité des intensités qui doivent être générées pour qu'ils soient perceptibles.
doc 2
Effets du profil du vent en période nocturne sur le bruit émis par une éolienne
G.P. van den Berg
Laboratoire scientifique de physique, Université de Groningen, Nijenborgh 4, 9747 AG Groningen, Pays Bas
Résumé
Depuis la mise en service d'un parc de 17 éoliennes de 30 MW, les riverains habitant à 500 mètres ou plus du parc ont réagi violemment au bruit ; les résidents vivant jusqu'à 1900 mètres du site ont exprimé leur mécontentement. Afin d'évaluer l'immission sonore effective, des mesures ont été effectuées sur le long terme (en tout, 400 heures en période nocturne sur 4 mois) à 400 et 1500 mètres du parc. L'étude sonore initiale avait utilisé une relation fixe entre la vitesse du vent à la hauteur de référence (10 m) et à la hauteur du moyeu (98 m). Cependant, ldes mesures ont prouvé que, de nuit, la vitesse du vent à la hauteur du moyeu est 2,6 fois plus importante que prévu, d'où une vitesse de rotation supérieure des éoliennes et par conséquent, une augmentation allant jusqu'à 15 dB supplémentaires des niveaux sonores par rapport à la même vitesse de référence du vent en période diurne. En outre, et tout particulièrement pour des vitesses de rotation élevées, les éoliennes produisent un bruit impulsif sourd et grave qui augmente encore la nuisance. Il ressort de l'étude que la prédiction de l'immission sonore nocturne des (grandes) éoliennes est sous estimée lorsque les valeurs de mesures utilisées (implicitement) tablent sur un profil de vent valable pour la période diurne.